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Le Théâtre sauvage

« Sauvage » descend du latin « silvaticus » (forestier). Est sauvage ce qui sort de la forêt. Sauvage n’est pas forcément inhumain. On peut appartenir au genre humain et demeurer sauvage, comme les enfants sauvages, ces enfants humains abandonnés aux loups ou aux ours. Ou comme ceux qui, en guerre contre la société des hommes, choisissent d’embrasser la sauvagerie en se défaisant du carcan de la civilisation. On peut redevenir fauve. On peut retourner dans la forêt.

Mais on peut aussi en sortir. Descendre de nos arbres. C’est ce que nos lointains ancêtres ont fait. En investissant la savane, ils ont dû inventer une nouvelle façon d’organiser leur vie. Toutes sortes de difficultés, liées à l’émergence des sociétés humaines, se sont imposées à eux. Il fallait les surmonter, inventer du « vivre ensemble ». Des mythes, véhiculant des valeurs communes, ont été inventés. Des dieux terrifiants, qui transgressent parfois les règles sociales, ont été imaginés. On a commencé à propager leurs histoires, pour rappeler aux hommes ce qui survient lorsque certains individus, aveuglés par leur propre profit, bafouent les valeurs communes et piétinent l’intérêt général.

Dans les livres d’Histoire, on raconte que le théâtre que nous connaissons (acteurs, texte, mise en scène) a commencé chez les grecs, six siècles avant notre ère. Auparavant il y a, nous disent les livres, le culte à Dionysos, avec ses rituels mystérieux assortis de sacrifices, d’orgies et de cannibalisme. C’est de là que serait sorti le théâtre. Notre théâtre.

Mais avant Dionysos, et ça, les livres d’histoire ne le racontent pas, parce que cela n’est sans doute pas beaucoup documenté, il y avait d’autres cultes, d’autres rituels, d’autres imitations, menés par d’autres prêtres ou d’autres chamans. Au cours de cérémonies extraordinaires, vouées à d’autres divinités, ils imitaient des animaux ou des forces obscures, empruntaient d’autres danses et d’autres transes. Dans quel but ? Parce que, comme aujourd’hui, il fallait donner du sens au monde, il fallait situer l’homme dans l’univers et instaurer un ordre dans la société. Il fallait véhiculer du repère. Créer du commun.

Le Théâtre sauvage se propose de revenir aux sources du théâtre. De revenir à ce jour au cours duquel un individu s’est posté devant son groupe, et, sous la forme d’une proto-cérémonie en train de s’inventer, a pour la première fois imité quelqu’un d’autre. Devant les regards surpris, sceptiques ou séduits de ses congénères, il a découvert l’étrange pouvoir de la représentation. Il a découvert comment, par le recours à la fiction théâtrale, on peut créer ou modifier le monde et les sociétés des Hommes.

 
 

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Le Baiser et la morsure, mise en scène de Guillaume Béguin, le 18 mai 2017 à Colombes (F)